Pourquoi les commerçants devraient-ils gérer le port du masque ?

L’obligation de porter le masque dans les lieux publics fermés n’est pas en vigueur depuis samedi que déjà, les foires d’empoigne se multiplient sur les réseaux sociaux entre les radicaux opposés à cette mesure et les non moins radicaux qui ne jurent que par elle.  Les premiers traitent les seconds de moutons, les seconds accusent les premiers d’irresponsabilité.

Par

Olivier Kaestlé

Horacio Arruda et François Legault auraient voulu semer la zizanie au sein de notre bon peuple qu’ils n’auraient pas trouvé mieux que cette mesure polarisante.  Celle-ci s’accompagne de l’obligation pour les commerçants de gérer le port de masque sous peine d’amendes variant de 400 à 6000 $.

Est-ce vraiment leur rôle ?

Est-ce vraiment à eux de jouer le rôle de gendarme de la santé publique ou de police du masque dans leur commerce ?  Et pourquoi devraient-ils encourir des amendes s’ils ne parviennent pas à convaincre les récalcitrants ?

Jusqu’à quel point peuvent-ils ou doivent-ils intervenir pour faire respecter ce nouveau décret ?  Devant les belliqueux, certains auront la présence d’esprit d’appeler la police, qui risque d’être très occupée dans les semaines à venir, d’autres s’improviseront peut-être gardiens de l’ordre sans mandat avec des résultats imprévisibles.

Normalement, l’obligation de porter le masque devrait incomber à un service de sécurité ou de police.  On imagine sans peine l’impossibilité de monopoliser autant de ressources pour chaque commerce, sans doute la principale raison pour laquelle on « délègue » aux commerçants ce rôle ingrat.

Des avis partagés

Les avis des commerçants sont par ailleurs divisés sur la question.  Ainsi, Sami Boudaya, propriétaire du Café Waves, a déclaré :

« C’est notre gagne-pain. Si le gouvernement a un plan, qu’il l’applique. Nous, on peut le demander au client, mais ce n’est pas à nous à jouer à la police. Ce n’est pas mon devoir à moi », a déclaré M. Boudaya. »

D’autres sont plus téméraires :

« On est prêt à faire la police et à refuser des gens s’ils n’ont pas leur masque », a ajouté Marine Saint-Jacques, employée dans la boutique spécialisée Un coin du monde. »

Souhaitons-lui la meilleure des chances.

Pourquoi les commerces à grande surface ?

Selon notre gouvernement même, le port du masque est recommandé dans les endroits où la distanciation physique de deux mètres est impossible.  On comprend la pertinence de cette mesure dans les transports en communs, chez les dentistes, les optométristes et autres spécialistes de la santé, de même que dans les salons de coiffure ou d’esthétique, entre autres exemples.

Cette pertinence peut cependant être remise en question pour les commerces à grande surface comme la plupart des épiceries, des magasins à rayons, des quincailleries et autres établissements où les clients peuvent littéralement se perdre dans de grandes allées.

Vraiment si difficile à appliquer ?

Certains me disent déjà qu’il serait difficile d’appliquer deux règlements : l’un pour les commerces où la distanciation est impossible, et un autre pour ceux où elle serait praticable.  Affaire de point de vue.

Il existe un règlement interdisant de fumer à moins de neuf mètres d’une entrée extérieure.  Pourquoi n’en existerait-il pas un autre n’obligeant que les commerces disposant d’allées de moins de tant de mètres de largeur à respecter le port du masque ?

On pourrait laisser tranquille les établissements qui peuvent faire respecter la distanciation et diminuer ainsi tant les irritants sociaux, les interventions hasardeuses de certains commerçants peu habitués à appliquer une contrainte, tout comme les inévitables interventions policières que les récalcitrants provoqueront.

Normalement, le contrevenant paie l’amende, non ?

L’obligation imposée aux commerçants reste contestable dans son principe même puisque, contrairement à ce qui a été la norme jusqu’ici, ce n’est plus le contrevenant qui est pénalisé, mais le commerçant, qui ne devrait pas hériter de la tâche ingrate de faire observer une contrainte aux clients qui le font vivre.

Qu’on soit d’accord ou non avec l’obligation du masque, la décision du gouvernement de faire porter le fardeau d’obliger les clients à le porter reste sans doute une option de dernier recours, désespérée, en pratique.

En principe, cependant, elle demeure plus que contestable.  Quant à savoir si elle est applicable, l’avenir le dira.

Pour vos actualités : DixQuatre.com

Chargement ...
DixQuatre
DixQuatre.com est un média en Abitibi-Témiscamingue couvrant l’actualité locale et régionale. Nous avons une équipe de collaborateurs et collaboratrices réputés qui offrent, chaque jour, une couverture des faits divers, des événements et des enjeux qui vous concernent.

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience d'utilisation. Nous vous invitons à en lire davantage sur notre politique de confidentialité. Accepter En savoir plus